LE PILOU

Publié le 5 Juillet 2016

Extrait du recueil "Ballon rond et plumes d'azur", un autre sport...

LE PILOU

Imagine toi petit, ciel du midi, soleil éblouissant, ombres marbrées des platanes, rumeurs chantantes de la placette, parfums d’anis du marché, perché sur son piton le village de Terteron.

Là, assis à la terrasse du bar des Sportifs mon copain d’école, cinquante ans que je ne l’ai pas vu, Hercule. C’est sûr, je m’arrête, m’assoie, commande deux pastis. Il faut fêter ça !

  • Oh ! Vieux babatchou tu te souviens ?

  • Comment si je me rappelle, Loulou le roi du pilou !

  • Pardi Hercule, nous pratiquions mieux le pilou que la règle à calcul.

Tu vois petit, à cette époque j’avais dix ans et dans la cour de l’école, à la récréation, nous jouions au pilou.

Non, ne prononce pas « pilou » avec la bouche en cul de poule, mais « pîlou » avec l’accent tonique sur le « i » et laisse filer le ouou. Autrement on va te prendre pour un parisien qui vit de l’autre côté du Var.

Il n’y avait pas la télé, les playstations ? Même pas en rêve on les imaginait. Nous, nous prenions une pièce trouée de vingt-cinq centimes, bien lourde, une feuille de papier toilette servait de volant.

Attention, pas du papier toilette comme aujourd’hui, du vrai, tes doigts ne passaient pas au travers. Avec un morceau de craie nous tracions le stade, quatre ronds d’un mètre de diamètre séparés par une croix. Tout ça ne nous coûtait même pas un franc et puis...

  • Fai volà lou pilou!

Dès que la cloche sonnait, le championnat du monde commençait. D’abord montait la pression.

  • Je te dis que c’est moi le plus fort !

  • Tu rigoles, tu as les pieds tordus.

  • Et toi les yeux bigleux

La foule écolière aussitôt se pressait autour du terrain, chacun voulait être au premier rang pour supporter ses copains, piloueurs les plus agiles, les plus adroits. Mais surtout, surtout arbitrer. Le pilou est le seul sport où en plus des quatre joueurs tous les spectateurs étaient arbitres. Cris, rires, chamailleries assurés. La température montait, et avec elle l’odeur âcre de la transpiration au goût salé sur les lèvres.

Et la partie débutait.

Loulou lance à la main sur Nonce, celui-ci amortit de la poitrine, jongle genou droit genou gauche et shoote avec finesse du pied droit dans le rond défendu par Hercule.

  • Hercule recule ! hurle la foule.

Concentré, celui-ci récupère, tire avec justesse dans le cercle adverse.

  • Buuut !

  • Non, ligne.

  • Quand il y a ligne, il y a but.

Sonne la cloche, fin de la récré, fin du match.

  • E viva lou pilou !

Rédigé par Hervé

Publié dans #sport

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