LE FOOT

Publié le 1 Juillet 2016

Nice a rendez-vous avec l'Euro de football cette année. L'atelier d'écriture, sur la suggestion de la direction d'Animanice Bon Voyage, a travaillé sur le thème "le sport et ses valeurs" .

C'est de ce travail qu'est issu le recueil "Ballon rond et plumes d'azur" dans lequel nouvelles, petits textes rédigés en atelier et poèmes se succèdent.

Commençons par le foot  puisqu'il est si présent en ce moment...

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LE MATCH DE FOOT

La foule se presse devant le stade. Le match promet d'être passionnant. Dans la file d'attente, ça papote, ça rigole, ça tient des paris sur les scores, parfois ça enfle la voix pour avoir raison : Je te dis que ce sera 3 à zéro !!! Mots envolés, bondissant par bribes de phrases - Pas sûr qu'il marque... t'as vu le dernier match... oui, peut-être... Quelques rires, le plaisir dans l'attente d'un bon moment à venir. Ouverture des portes. Nous pénétrons dans les tribunes. Martèlement de milliers de chaussures sur les marches, crissements, claquements. Une bousculade, pardon Madame, un enfant qui s'échappe, attends-moi, viens ici... On cherche sa place, c'est bien là, non ?... Bruissement des manteaux que l'on range sur les dossiers ; enfin tout le monde est assis. Encore quelques ziiiip, crrrr... la fermeture éclair d'un sac qui s'ouvre, le papier d'un bonbon que l'on dépiaute.

Puis une clameur, des applaudissements. Les équipes entrent sur le terrain. Salutations d'usage, coup de sifflet, c'est parti ! Le premier coup de pied sur le ballon claque comme une gifle. Des cris, des encouragements s'échappent de partout... Vas-y... Mais non !!!... Allez... ouiiiiiiiiiii !

Premier but, hurlement sauvage d'une foule passionnée. Des sifflets stridents retentissent, vrillent les tympans. Un chant s'élève d'un côté, traverse le stade, une "ola" tonitruante emplit l'espace.

Public debout et vociférant, visages aux couleurs des équipes, réminiscences terrifiantes de peintures de guerre millénaires, transmises depuis l'aube du monde par d'ancestrales tribus guerrières... De la rage, de la haine, de l'amour, expulsés par les cris, de la vie à l'état brut...

Carmella Marengo

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MORT SUBITE

Je suis seul. Face à mon destin. Destin partagé, trop lourd, pire, écrasant serait le mot juste. Des dizaines de millions de cœurs se sont mis à battre plus vite, comme le mien, si difficile à contrôler. Pourtant il le faut, je dois le ramener à la raison. On se calme. Concentration. Faire le vide. Respirer avec lenteur. Ne plus rien laisser m’envahir, sauf le calme profond de mon ventre. Je ferme les yeux.

Je suis seul. Le tintamarre des klaxons, le brouhaha de la foule surchauffée, tout s’est dissipé, comme une grande vague en fuite dans la nuit. La marée humaine silencieuse ne respire plus. Sa sueur aigre douce a tout envahi ; elle s’est mêlée à la mienne, nous ne faisons plus qu’un. La lumière des projecteurs a fait de moi en un instant une étoile, leur étoile. Des milliers de visages sont braqués sur moi. Tous suspendus aux quelques secondes qui nous séparent de la délivrance. Après on laissera éclater notre joie ou notre désespérance.

Je suis seul. Devant moi, à vingt mètres, celui qui scrute le moindre de mes mouvements, le plus petit cillement, qui lui dira s’il doit plonger à droite ou à gauche. De toute sa puissance, de toute sa force. Tout va se jouer en un éclat de chance. La vitesse va décider du vainqueur. Définitivement.

Entre nous, à trois pas, cette boule de cuir, qui semble me défier : Alors, tu te décides, champion ?

Christian Vanlierde

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FACE À FACE

Le silence retentit sur le stade. Il résonne des bourdonnements cotonneux tapis au fond de mes oreilles, des battements affolés de mon cœur. Le monde est tendu vers ce moment ultime. C'est maintenant que tout se joue.

Ne pas le quitter des yeux. Il se tient, seul, face à moi, raide de concentration. Surveiller son regard. Va-t-il m'indiquer la direction qu'il a choisie ? ou l'inverse, pour me tromper ? La moindre faute d'inattention ou d'appréciation de ma part lui donnera la victoire. Je ne dois pas faillir. La tension me noue les tripes ; mes jambes se sont mises d'elles-mêmes en position semi-fléchie, prêtes à bondir. L'âme d'un félin les habite.

Ne pas le quitter des yeux, à l'affût du plus infime de ses mouvements. Rester concentré, respirer calmement, libérer la pression.

Une larme de sueur dévale sur ma joue, vient mourir sur ma langue en explosion salée. Ma bouche sèche cherche sa salive. J'ai chaud. Les gants de cuir adhèrent comme une seconde peau autour de mes mains moites. Lui aussi transpire. Ses cheveux sont collés par paquets sur son front. Il m'observe, je l'attends. J'attends son tir, j'attends la délivrance.

Ne pas le quitter des yeux. Mes sens en alerte décuplent leur réceptivité. La pelouse piétinée exhale une odeur d'herbe coupée. Le bruissement d'une aile d'oiseau glisse au-dessus du stade. Ne pas m'éparpiller, rester bien centré au milieu de la cage. Il va reculer pour prendre son élan ; il faut que j'arrête son tir. Absolument. Toute l'équipe compte sur moi ; leur espoir me pénètre, leur foi me fortifie.

Instant immobile, suspendu entre lui, le ballon, et moi. Seul, le ballon a osé un frémissement... enfin, je crois....

Mado Cafedjian

Rédigé par Carmella - Christian- Mado

Publié dans #sport

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