FAIT DIVERS À L'OPÉRA

Publié le 20 Avril 2016

Sur le thème "musique", un fait divers...

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Sous le pavois illuminé, papotent, se bousculent la fine fleur de la société niçoise.

Personnages pittoresques, vous reconnaîtrez ceux que la musique ennuie mais pas les mondanités, les permanentées, les emperlousées, précieuses et ridicules. Vous reconnaîtrez ceux qui vivent de prébendes, l’œil toujours à l’affût, la main prête à happer celle d’un hypothétique mécène. Vous reconnaîtrez peut être le véritable mélomane, vêtu à la va comme je te pousse, qui discrètement gagne le poulailler. Pathétiques, vous direz-vous ? Non pas, humains seulement.

Corsage froissé, jupe de travers, coiffure en désordre, Juliette reprend sa place derrière la caisse. Le guichet à peine ouvert pleuvent les récriminations.

  • Mais où étiez-vous donc ?

  • Mademoiselle, mon mari et moi piétinons depuis trop longtemps !

  • Mademoiselle, c’est inadmissible, j’attends depuis plus de vingt minutes !

  • Mademoiselle, je vais me plaindre à la direction !

  • Mademoiselle, je vais téléphoner à qui de droit, vous serez licenciée !

  • Mademoiselle, si c’est pas malheureux, me faire attendre, moi !

Juliette sourit, béate. Juliette, une jeune femme splendide si, aujourd’hui, elle n’avait la goutte au nez.

  • Atchoum ! Un énorme éternuement pour toute réponse.

Sans l’heureuse présence de l’hygiaphone, plus d’un chapeau, plus d’une perruque auraient voleté sous la bourrasque.

Commence la distribution des billets.

  • Deux places en corbeille s’il vous plaît.

  • Atchoum ! Trente euros.

  • Trois places, au parterre s’il vous plaît.

  • Sniff, sniff renifle Juliette, 60 euros.

Yeux pleurants, nez coulant, la caissière poursuit son travail ponctué de spasmes.

A la sonnerie, chacun se précipite vers son fauteuil, bousculades, engueulades susurrées à mi-voix, le calme revient, le silence s’établit.

Le rideau frémit

  • Aaah, d’aise du public.

Le rideau se lève sur l’orchestre philharmonique de la paroisse de Saint-Pancrace.

  • Clap, clap. Applaudissements. La tension monte.

Entre le chef d’orchestre.

  • Clap, clap, clap. Applaudissements nourris. L’impatience augmente encore.

Entre le Ténor au bras de la Soprano.

  • Clap, clap, clap - Clap, clap, clap. Explosion d’applaudissements, la folie.

Le chef d’orchestre salue, entraîne dans son mouvement ténor et soprano. Chacun gagne sa place. Le premier violon s’assoie, le chef d’orchestre monte au pupitre, lève sa baguette. La soprano rosit.

Le Ténor redresse sa stature, ouvre grand la bouche

  • Atchoum, Atchoum ! Double magistraux ébrouements.

Contagieuse Juliette ? Allez donc mauvaises langues !!!

Rédigé par Hervé

Publié dans #Musique

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