ADIEU MARIA

Publié le 20 Avril 2016

Travail en atelier sur le thème : "La musique"

À partir de la fin d'une nouvelle (anonyme), écrivez ce que se passe avant. Les dernières phrases étant :

"Maria était en noir. Une seguiriya triste avait remplacé le dernier fandango."

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Je suis morte un soir d'été, cachée dans les roseaux. Maria chantait quelque part, au loin. Sa voix me parvenait par bribes. J'ai basculé, envolée sur l'écho d'une note, vers un ailleurs apaisé.

J'avais senti la mort approcher - il est des signes qui ne trompent pas. Je l'ai attendue sans regret, point d'orgue à la vie, à la bonne vie caressée de musique, la vie auprès de Maria.

Maria m'a recueillie quand j'avais faim et peur. Elle m'a nourrie, lavée, rassurée et très vite, apprivoisée. Je ne la quittais jamais. Pendant la journée, nous partagions tout ; des balades dans la campagne aux siestes à l'ombre d'un olivier, on nous trouvait toujours ensemble. Le soir, elle chantait, dansait, dans un bar de la plage. Je l'écoutais, couchée sur le sable ; sa voix profonde modulait des sons parfois doux et rauques, parfois puissants comme un cri ; elle me pénétrait jusqu'à l'âme. Il m'est arrivé de soutenir son chant par un hurlement de loup, émotion sauvage tendue vers la lune. Maria tournait alors la tête vers moi, fronçait des sourcils désapprobateurs, mais me souriait avec tendresse.

Son ami Miguel l'accompagnait à la guitare. Ses doigts, comme une araignée affamée, couraient sur les cordes, en extrayaient une multitude de sons, soyeux, âpres, chuchotés ou éclatants, secs ou résonnants, toujours harmonieux. Ils enveloppaient la voix et le corps de Maria. Quand elle dansait, sa robe volait sur ses chevilles, ses cheveux frissonnaient le long de son dos. Ses pieds impétueux frappaient l'estrade de bois, ses mains fines s'enroulaient, dessinaient de mystérieuses arabesques, dessinaient la musique intangible.

Le concert terminé, elle venait vers moi, me caressait la joue. Puis elle retournait trinquer avec Miguel, bavardait un moment, riait... Moi, je l'attendais, sereine. Quand elle se levait et repoussait son tabouret, c'était le signal : je savais que l'on allait rentrer. Je me dressais aussitôt pour la suivre.

Mais au fil des ans, marcher devenait difficile. Un jour, une douleur aiguë m'a arraché un gémissement ; j'ai commencé à boiter. Examens, radios, diagnostic : tumeur incurable de la patte arrière. Maria en pleurs. Coups de langue sur sa main pour la consoler – t'en fais pas Maria, je t'aime ; merci pour le bonheur... Plus tard, tu aimeras une autre chienne, tu oublieras... Danse Maria, et chante encore... pour moi...

Les jours suivants, mon état empira. Ce qui m'a chagrinée le plus c'est la peine de Maria, ses yeux anxieux, toujours humides, fixés sur moi. Alors, j'ai pris la décision de mourir loin d'elle pour qu'elle me garde vivante à jamais dans son souvenir.

Je suis partie, bercée de musique. Maria était en noir. Une seguiriya* triste avait remplacé le dernier fandango.

*La Seguiriya ou Siguiriya est un « palo » (style de chant) du flamenco. Il fait partie des chants de base regroupés sous le terme de «cante jondo», se chante accompagné par un guitariste, mais on connaît des versions a cappella. La seguiriya ne se danse pas.

Rédigé par Mado

Publié dans #Musique

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